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 De fantôme et de victoires { PV Azalais

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Pandora Del Britannia
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MessageSujet: De fantôme et de victoires { PV Azalais   Sam 13 Nov - 17:16

LES PIÈCES ÉTENDUES, VAINCUES, PAR UNE ABSENCE QUI PERDURE

Salon Privé


Sa main caresse doucement la table. Elle en connaît chaque décoration, chaque marque sur le bois clair. Elle connaît par cœur chaque endroit où une boisson chaude a maladroitement été versée, chaque bosse subtilement camouflée. Les contours de leurs jeux forment ses motifs déliés et c’est avec une tendresse douloureuse qu’elle pose ses yeux sur la pièce. Rien n’a changé. Tout a changé. Ce sont les mêmes meubles posés en cercle autour de la surface lisse. Ce sont les mêmes tapis riches et doux, aux dessins chatoyants. Ce sont les mêmes rideaux crémeux et épais, qui filtrent la lumière sans la repousser. Ce sont les mêmes fauteuils confortables, sur lesquels ils aimaient tant s’assoupir, le soir, après une journée d’étude. Et pourtant, tout lui semble différent. Il n’y a plus le même éclat sur l’ébène. Plus la même chaleur dans les matières soyeuses. Plus la même luminosité sur les murs clairs. Elle vit avec ce sentiment oppressant, repoussant. Elle n’a plus le droit de venir ici sans lui. Elle n’a plus le droit de se remémorer les jours heureux de leur enfance sans sa présence à ses côtés. Elle n’a plus le droit d’être heureuse, ici.

Elle tremble un peu quand elle prend la théière. Habituel. Un peu de liquide brûlant se déverse sur le bois verni quand elle remplit une première tasse. Habituel. Elle serre un peu trop fort ses doigts contre l’anse et se brûle la peau. Habituel. Elle remplit la deuxième tasse, sans trembler cette fois, sans rien renverser et sans se brûler. Habituel. Une main la saisit et porte doucement la boisson à ses lèvres. Habitu...

Pandora lève brusquement la tête. Malice. Un regard semblable au sien, sans cette ombre terne et dure. Elle ouvre la bouche. Comme prise en faute. Il y avait deux tasses. Elle était seule. Il y avait deux tasses. Elle attendait quelqu’un. Sa propre bêtise la fait doucement sourire. Qui pouvait-elle bien attendre ? Qui pouvait-elle bien berner ? Cette fois, le liquide n’aura pas le temps de refroidir. Cette fois, elle ne contemplera pas son fauteuil, vide, face à la fumée qui s’échappera doucement d’un thé-poison. Elle se sent stupide. Honteuse. Elle n’attendait personne. Et il y avait pourtant deux tasses.

Le silence la fait suffoquer. Coupé seulement par le bruit de la porcelaine posée sur la soucoupe. Azalais l’observe. Ses yeux perçants lui donnent envie de détourner la tête. Ou de lui ordonner d’arrêter. Mais d’arrêter quoi ? De s’en aller ? De partir de cet endroit ? Elle lui en veut, d’avoir choisi ce lieu, plutôt qu’un autre. L’idée qu’elle sait, qu’elle sait, glisse sur elle sans l’atteindre. Dureté et froideur. C’est tout ce que son visage impassible offre à sa petite sœur.

Le goût du thé dans sa bouche est amer. Un venin chaud et sucré qui se diffuse dans sa gorge asséchée.

« Je t’attendais. »

Mensonge. Elle ne dupe personne. Son jeu est clair, sa faiblesse l’est tout autant. Elle est souriante, pourtant. Arrogante et sûre d’elle alors que la porte de sa fragilité vient d’être ouverte, alors que ses souvenirs viennent d’être piétinés, alors que son sanctuaire vient d’être souillé. Elle peut se permettre de sourire, de montrer une image confiante. Elle ne peut se sentir désolée d’avoir perdu un bien qu’elle ne possédait déjà plus. Le manque l’habite depuis trop longtemps déjà pour seulement ressentir le moindre pincement au cœur quand ses repères volent en éclat. Et puis, c’est elle. Cela a toujours été ainsi. La surprise n’existe plus face à ses gestes et à ses paroles. Les rouages bien huilés de leur comédie fonctionnant depuis trop longtemps déjà. Il n’y a pas d’espoir pour que la rouille de la souffrance et du défi arrêtent le cours de leurs rapports houleux.

« Voudrais-tu faire une partie d’échecs ? »

Sa voix claire est calme et douce. Bien loin de son trouble intérieur et de la tempête qui fait rage en elle. Elle ne veut pas parler. Elle évite cette question entre elles, ce sentiment de malaise qui l’étouffe peu à peu. Elle veut seulement fuir cette réalité qu’elle a elle-même ancrée. Mais Azalais ne sera pas aussi clémente. Elle le sait. Son regard posé sur sa petite sœur est à la fois tendre et furieux. Une affection-haine qui l’oblige à jouer sur les deux tableaux, à hisser tour à tour le drapeau de l’hypocrisie et celui de la franchise. Une guerre qui met ses nerfs à rude épreuve et qui, paradoxalement, la libère de ses contraintes et des jeux de pouvoirs qu’elle ne connaît maintenant que trop bien. Sa silhouette se découpe dans la lumière de la fenêtre, alors qu’elle se lève. Ses gestes gracieux ne tremblent pas. Le contrôle est parfait. Aucune manifestation extérieure du bouillonnement de son sang. Elle ouvre avec douceur les portes d’une armoire. Ses yeux brillent brièvement devant les vieux jouets amoncelés. Sans hésitation, elle saisit l’objet de sa convoitise. Un souffle et la poussière qui le recouvrait s’échappe, en une fumée dense.

Posé au milieu de la table, l’échiquier semble faire une barrière entre elles. Pandora a l’impression qu’elle peut à nouveau respirer.

« Il y a longtemps que je ne l’ai pas utilisé. Mais tu dois maintenant être apte à m’affronter, n’est-ce pas ? Après ce qu’il s’est passé. »

La légèreté et le désintérêt dans son ton badin sont feints. Du coin de l’œil, elle regarde la jeune femme qui lui fait face. Ses talents ont su ramener à eux un territoire volé par leurs ennemis. Elle n’a plus devant elle cette princesse capricieuse et ironique. Hm. Non, elle est toujours là. Mais la femme d’action, celle qui gouverne une partie de l’Empire, s’est ajoutée à l’adolescente qu’elle a été tentée tant de fois d’assassiner.
Sa fierté est dissimulée derrière l’armure de son arrogance. Après tout, elle n’a jamais joué de partie d’échec avec quelqu’un d’autre depuis… lui. Elle lui offre un privilège. Réaliste dans sa vanité et confiante en son jeu. Nullement certaine de remporter une victoire mais pourtant assurée de gagner, d’une façon ou d’une autre. Pas un test. Elle ne lui ferait jamais cet affront. Une simple difficulté, une envie de voir jusqu’où elle peut aller, maintenant qu’elle a pénétré dans ce lieu où elle n’aurait jamais dû se rendre. C’était leur endroit, après tout. Il faut qu’elle s’en montre digne.
Son regard effleure les pièces dispersées. Elle lui laisse le droit de choisir sa couleur, si elle l’accepte. Elle lui laisse le droit de partir, puisqu’il est encore temps.




Dernière édition par Pandora Del Britannia le Ven 19 Nov - 21:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: De fantôme et de victoires { PV Azalais   Jeu 18 Nov - 18:08

    Elle devait être de retour depuis une semaine à tout casser. Sept journées durant lesquelles elle n’avait pas eu le temps d’accomplir ses désirs. Il fallait d’abord faire passer les affaires. Lassée au bout de deux jours, elle avait confié à Ciel tous les tracas administratifs. Cela n’avait jamais été et ne serait jamais dans ses habitudes de jouer la comédie, d’utiliser la carte de l’hypocrisie. Bien sûr, il lui serait relativement facile de le faire, d’entrer dans ce jeu mais elle n’en avait nullement l’envie. Rien que le fait d’imaginer qu’elle pourrait leur ressembler la confortait dans son choix. Par eux, elle entendait les nobles. Depuis qu’ils avaient ouverts les yeux sur ses compétences, ils ne cessaient de la convier à des banquets, des bals et des fêtes. Avec grand plaisir, elle déclinait toutes les invitations leur expliquant que même étudier la vie des pigeons lui serait plus agréable. Elle le trouvait encore plus pathétiques de vouloir retourner leur veste ainsi, n’avaient-ils donc aucun honneur ? Pensaient-ils qu’elle avait oublié toutes leurs mesquineries ? Elle n’était pas comme sa sœur, elle ne leur pardonnerait pas leur imbécilité.

    E
    n parlant de sœur…Elle ne les avait pas croisées. Ni l’une, ni l’autre. Non pas qu’elles lui aient manquée mais elle s’attendait à devoir tôt ou tard s’agencer un rendez-vous…pour parler politique ! Pandora n’était-elle pas le Premier ministre de Britannia ? Elle devrait forcément se trouver devant elle à un moment ou à un autre ! Et quitte à ce que ce moment arrive, elle préférait prendre les devants. Ainsi, elle avait ordonné à Ciel, qui était déjà chargé de travail, de lui arranger une entrevue avec son aînée, à la date et à l’endroit qu’elle aurait choisis. Elle aurait l’avantage de savoir où elle mettrait les pieds mais aussi un pouvoir sur son interlocutrice.

    Quand elle avait pensé à cet endroit si particulier. Cet endroit dans lequel elle n’avait jamais mis les pieds, elle ne savait pas qu’elle avait bien fait. Elle savait l’importance qu’il représentait aux yeux de sa sœur…mais qu’il la déstabilise à ce point, elle n’aurait pu mieux rêver. Voilà ce à quoi elle pensait en fixant Pandora à cet instant. Cet instant qu’elle choisit pour se lever. Elle évite son regard et cela l’amuse. Elle sent sa faiblesse poindre sous son masque de glace qu’elle porte si bien. Faire une partie d’échec ? Elle lui propose un jeu auquel elle n’a plus joué depuis des lustres pour sceller leurs amères retrouvailles ? Azalais s’attendait à mieux…Elle exigera mieux. Elle savait que ce n’était qu’une manière d’éviter ses paroles crues sans aucune once d’hypocrisie à laquelle elle doit s’être habituée. Elle doit se douter que sa cadette ne lui laissera pas le choix. Elle voit la poussière s’envoler en un nuage de particules tombantes. Son visage s’illumina d’un sourire presque moqueur. Elle n’a l’a pas utilisé depuis quand ? Depuis qu’il n’est plus là ? Avant peut-être ?

    « A sa place, je ne serais pas heureuse de voir mes jouets ainsi traités. »


    Elle joue avec la tasse de thé sans en goûter le breuvage, elle fixe le liquide terreux d’un air faussement chagriné. Sa remarque glisse doucement sur la carapace de sa sœur. Elle sait que ce n’est pas avec des remarques si peu…blessantes qu’elle arrivera à fissurer cette forteresse de faux semblants. Elle le sait mais elle préfère commencer doucement à jouer ; la précipitation ne lui a jamais rien fait gagner. Avec un dédain certain, la seconde Princesse fixe l’échiquier de son aînée. Elle savait que nombres de ses ancêtres, du tyran Lelouch ou Prince Schneizel, excellaient à ce jeu alors Ciel lui avait appris mais elle devait avouer qu’elle était rapidement ennuyée par ce jeu, ce qui l’attirait était tout simplement le lien avec ses prédécesseurs.

    « Il y a longtemps que je ne l’ai pas utilisé. Mais tu dois maintenant être apte à m’affronter, n’est-ce pas ? Après ce qu’il s’est passé. »

    Après ce qu’il s’est passé. Oui, elle devrait. Elle sait, elle sent qu’elle peut y arriver mais elle ne peut ignorer que ce jeu n’est qu’un vulgaire prétexte. D’un œil critique, elle toise les pions et s’empare de la reine blanche qu’elle fait tourner entre ses doigts. Elle n’a pas besoin de choisir sa couleur ; elle a déjà été choisie depuis bien longtemps. Elle ne sera toujours que la seconde, elle restera à jamais dans l’ombre de sa grande-sœur, le noir lui a toujours plus. Sans aucun tact, elle envoie voler la pièce dans la direction de Pandora. Elle emprunte le cavalier noir avec lequel elle fait vaciller le roi ennemi.

    « Joue ton rôle de Reine Blanche, commence sans le roi puisqu’il n’est plus là. »


    Elle fixe le visage serein de son adversaire. Ciel lui aurait certainement reproché le manque de subtilité dans sa remarque mais à cet instant, elle s’en fichait. Avec un sourire clairement narquois, elle repose son cavalier à sa place et s’installe plus confortablement dans son siège.

    « Que s’est-il passé depuis mon départ ? »

    A
    zalais est partie le jour même où on lui apprenait la mort de son frère, sans regret ni remord. Seule une curiosité maladive la poursuit, elle veut savoir tout en sachant que Pandora ne lui répondra pas…pas sur ce sujet-là qui pourtant est bien le point qui se dissimule derrière cette large interrogation.



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Pandora Del Britannia
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MessageSujet: Re: De fantôme et de victoires { PV Azalais   Ven 19 Nov - 20:33

TAPIS SOUS LES MENACES, DANS UN ULTIME FACE A FACE. NOIR ET BLANC SUR LE PLATEAU DE LEUR DÉCLIN.


Son regard est rivé sur Azalais. Les mâchoires serrées, le cœur tremblant et un léger sourire aux lèvres. Face à elle, elle ne peut se permettre aucun écart. Sa plus farouche adversaire, l’ombre qui distille son venin dans son sillage. A la fois détestable et familière, fragile et cruelle. Son propre reflet aux nuances sombres et sanglantes, sans la lumière auréolée de gloire qui lui a été accordée par sa naissance. Elle sait son combat incessant, les parcours maladroits puis assurés d’une petite fille qui a grandi. Elle ne reconnaît plus l’adolescente solitaire et hargneuse dans cette jeune femme qu’elle contemple de son regard adouci. Les fondements de son existence, les racines de son tempérament torturé subsistent toujours en elle. Elle sent cette envie de la blesser, si mal dissimulée, ce jeu à la fois transparent et calculateur, à l’imprévisibilité fourbe et à la franchise déroutante. Une adversaire à sa mesure, alors qu’elle incline doucement la tête face à des paroles qui la frappent en pleine poitrine. Un coup de poignard sur la plaie à vif, encore et encore. Mais elle saigne depuis si longtemps maintenant qu’elle n’en ressent même plus la douleur. A peine un effleurement, une caresse sur sa mémoire endolorie, alors qu’elle lui répond.

« Il n’aimait pas que l’on touche à ses affaires. Ou… Peut-être que je ne veux pas changer ce qu’il a pu laisser, ici. Pour garder sa trace. »

Elle lui sourit. Douceur et arrogance sur son visage pâle et détendu. Elle énonce une vérité blessante. Une réalité poignante. Elle n’a pas de fausse honte, pas d’hésitation. Sa souffrance a été presque palpable. Au point d’en devenir physique. Elle vit avec ce sentiment oppressant, cette douleur qui coule dans ses veines au lieu de rouler sur ses joues ou sur son apparence. Elle est glaciale et confiante. Elle ne joue pas, ouvre les cartes sur table. Se livre parce qu’elle sait qu’Azalais l’a compris. A quoi bon cacher ce que l’on devine ? Elle ne s’abaisse pas à jouer cette comédie, même si son impassibilité contraste avec ses paroles. Les faits sont là. Le temps n’atténuera pas son chagrin. Il n’y a pas de raison de le cacher. Sa sœur, plus que quiconque, devrait le comprendre. Elle connaît la signification du mot solitude. Et celle que Pandora vit ne lui laisse de répit que face à une charge qu’elle maîtrise maintenant avec satisfaction. Entre la douleur de se retrouver seule, après avoir goûté au bonheur, et celui de l’avoir toujours été, elle ne sait toujours pas décider laquelle elle est la plus forte.

Elle plonge son regard dans les yeux de la Seconde Princesse. Sans fuir, cette fois-ci. Comme si elle espérait trouver une réponse à sa question dans cette femme qu’elle n’a jamais comprise, jamais réellement connue. Ce qu’elle a pu saisir n’a été qu’enfantillages puis rage. Incompréhension, encore et encore. Elle l’a regardée de loin. Lâche et ignorante. Faible et puissante. Une affection en demi-teinte, où le noir sombre du ressentiment se mêlait bien trop souvent à la tendresse qu’elle éprouvait. Leurs chemins sont séparés depuis maintenant bien trop longtemps pour qu’elle espère seulement pouvoir se rapprocher d’elle. Se fondre dans ces ténèbres qu’elle a su éclairer. Fierté, peut-être, dans le regard qu’elle lui lance. Elle ne sait plus vraiment. Sa victoire se mêle aux souvenirs des batailles passées, des morts enterrés et des cadavres futurs.

Sa main se lève instinctivement pour attraper la pièce. La lueur de surprise est vite camouflée par une satisfaction amère. Elle esquisse vaguement un sourire moqueur, en réponse à celui d’Azalais. Légèrement penchée vers elle, elle effleure du bout des doigts le Roi et La Reine blancs. Son expression à la fois méprisante et amusée est atténuée par son regard devenu vide. Ce rôle, elle sait qu’elle l’a voulu. Elle sait qu’elle s’est battue pour l’avoir. Mais ce sentiment enfoui, qu’elle croyait avoir dompté, finit toujours par refaire surface. Elle a muselé ses angoisses et ses interrogations pour seulement adopter ce visage sans peur et sans regrets qu’elle présente à sa cadette. Le vernis est bien faible. Il tient à peine les plaies sanguinolentes de ses blessures. Mais elle s’accroche à ce fardeau et à cette unique vocation pour ne pas sombrer. Que lui reste-t-il d’autre à faire, si ce n’est vaincre ?

« Il n’est plus là, sans doute. Mais je me dois de protéger son cadavre et son royaume, n’est-ce pas ? »

Ses yeux brillent d’une lueur farouche et tendue. Elle devient traqueuse, calculatrice et vaniteuse, dans un élément qu’elle connaît bien. Ses doigts fins mettent en place son empire fait de marbre. Les pièces s’alignent entre ses mains agiles et les deux pièces centrales dominent le reste. Une bien jolie mascarade. Une bien pitoyable bataille qui s’étend sous yeux, alors qu’elle réalise qu’elles n’ont plus l’âge de jouer. Quand elle lève à nouveau la tête vers Azalais, c’est tout le poids des ans qui ont passé qui semble gravé sur ses traits. Elle n’est plus petite fille insouciante, adolescente perdue. Elle est devenue adulte amère et forte. Inébranlable dans sa volonté et fragile dans ses rares moments de faiblesse. Elle est consciente de ce regard qui pèse sur elle. Consciente de ces mots qui font écho dans son esprit. Sa question éveille en elle ce déluge de souvenirs, de sons, de sensations, d’odeurs qui lui rappellent tout ce qu’il s’est passé. Il y a trois ans. Trois ans qu’Alois est mort. Trois ans qu’Azalais est partie. Trois ans que Pandora marche seule. Avec l’ombre d’un protecteur aux remarques assassines et aux espérances encore inconnues qui suit ses faits et gestes et guide son chemin, à défaut de l’aider. Trois ans que la guerre a semé mort et désolation, combats et oppositions. Trois ans qu’elles ont laissé leur paix dérisoire pour se consacrer à leur Empire, chacune à leur façon. Trois ans qu’elle n’avait pas revu ce visage insolent et gracieux. Trois ans qu’elle n’avait plus entendu cette voix impertinentes et dédaigneuse. Elle se surprend à en éprouver une satisfaction. Un sentiment léger et volatile, qui ne demeure qu’un instant dans son esprit lucide avant qu’elle ne réponde, après avoir porté la tasse de thé à ses lèvres.

« Bien des choses. »

Elle s’arrête là. Moqueuse et réjouie. Une lueur d’amusement, si rare dans son regard améthyste, illumine un instant la perfection de son visage. Mais bien vite, l’ombre d’un sérieux qu’elle ne montre que trop souvent recouvre à nouveau ses traits assombris. Elle réfléchit, sans le cacher. Question-piège. Elle a envie de rire. Azalais ne la déçois pas. Azalais ne l’a jamais déçue. Azalais est cruelle, pourtant. Que peut-elle lui répondre ? La gouvernante de l’Amérique du Sud ne connaît que trop bien la situation politique du monde. La Princesse de Britannia ne saurait ignorer les problèmes que traverse l’Empire. Sa jeune sœur n’est pas sans savoir que la blessure à vif de sa mort brûle encore dans sa poitrine, feu ardent qui embrase toujours son corps. Ses rêves de vengeance se sont évanouis avec les batailles. Ce qu’elle veut n’appartient qu’à elle seule. Et ces évènements encore récents appartient au passé.

« Nous avons, entre-autre, reconstruit l’aile Ouest du palais. Une vraie merveille. La nouvelle bibliothèque est un vrai plaisir pour les yeux. Et tu devrais visiter les jardins réaménagés. Ils sont tout simplement splendides. »

Elle a sa voix mondaine et polie. Avec cette once d’insolence qui fait tout son charme. Les ravages de son regard enjôleur et de son jeu parfait se sont améliorés avec le temps. Elle sait pourtant qu’elle ne tirera rien d’Azalais avec ce comportement. Elle s’est juste autorisée à céder à la tentation de se distraire un peu. Mais elle ne fuit pas. C’est tout ce qu’elle ne s’autorise plus, depuis qu’elle l’a elle-même conviée à prendre place, autorisée à poser les mains sur l’échiquier que seules les siennes avaient effleuré.

« Cela ne s’intéresse sans doute pas. C’est bien dommage, le travail fourni est en tous points remarquables. »

Elle tourne la cuillère dans sa tasse, mélangeant sans s’en rendre compte le thé qui refroidissait lentement. Les volutes tièdes caressent ses mains et laissent une humidité glaciale sur son épiderme. Sa voix cassante et polaire rivaliserait avec le métal froid du couvert.

« Il y a une nouvelle peinture, exposée dans la salle des portraits. Une pâle imitation. Il sourit. »

La douceur de sa voix est incisive, mordante. Elle prend un malin plaisir à faire étalage de son amertume, de sa souffrance en la tenant éloignée d’elle. Elle sait que rien ne l’atteint plus. Depuis, ses larmes n’ont plus coulé. Elle ne s’est plus autorisé de faiblesse ou de doutes. Elle accepte ses sentiments comme ils viennent. Parce qu’ils ne ralentiront en rien son avancée. Parce que même sa douleur n’est pas un obstacle. Elle est juste constatation. Un fait établi, prouvé, archivé. Elle est meurtrie. Affaire classée, il n’y a plus de raison d’en parler.

Il y a pourtant une éclair affectueux dans ses yeux fixes. Elle sait, quelque part, qui est l’auteur de l’œuvre. Une main à la fois maladroite et assurée. Un hommage enfantin et réfléchi. Elle retient un sourire doux. Elle n’oublie pas. Sa quête. Ce qu’elle cherche. Elle n’oublie pas. Leur lien. Solide, indestructible.

« Mais c’est sans importance, Azalais. Que s’est-il passé depuis ton départ ? »

Elle reprend ses mots, en faisant le premier mouvement sur l’échiquier. Un sourire confiant aux lèvres, déjà prête à continuer une bataille qui n’en est pas vraiment une. Elle a passé son tour, joué cette main. Les dés sont jetés.


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MessageSujet: Re: De fantôme et de victoires { PV Azalais   Mar 23 Nov - 17:51

    Sans mot dire, elle ne détache pas son regard de celui-ci de sa sœur. Ses iris, océan trouble et dangereux, sont à la recherche de la moindre réaction, du moindre écho d’un sentiment enfoui, d’un sentiment caché, d’un sentiment qui pourtant ne lui échappera pas éternellement. Elle le sait alors elle attend même si cela ne se révèle pas être son for. Il suffit d’une fraction de seconde, d’un arrêt dans le temps pour être satisfaite. Pandora encaisse silencieusement sa remarque immature, sa remarque presque blessante. Elle baisse légèrement le visage. Pourtant, Azalais ne fanfaronne pas. Elle sait qu’elle n’a pas été assez loin, peut-être ne le voulait-elle pas. Faussement désintéressée, elle écoute la réponse de sa sœur formulée avec calme. Elle y lit un étrange mélange de…sincérité et de fatalité alors qu’elle lui sourit. Sans s’attendrir, la Seconde Princesse comprend la douleur de sa sœur, sans prétendre la ressentir…elle sait que quand on s’attache, on souffre, c’est une suite logique alors…Azalais n’était pas idiote, elle s’attendait à une réaction pareille, elle ne briserait pas un château bâti année après année avec des fantassins en carton. Attrapant la tasse de thé, elle s’amuse à y tourner sa petite cuillère avec dégout. Focalisée sur le liquide terreux, elle ne prend pas la peine de répondre à son aînée les yeux dans les yeux, à quoi bon…

    « Je comprends. Cheshire déteste que l’on touche à ses…affaires. »


    Elle se défait de son attrait soudain pour le breuvage tiède dans sa tasse pour fixer à nouveau sa sœur. Sur son visage, un sourire franc mais froid. Elle en profite pour détailler la Princesse qui lui fait face. La femme qu’elle n’a connue que de loin, qu’elle ne voyait qu’en compagnie du Prince, entre les mains de précepteurs particuliers…ce que Mina peut appeler « Sœur », Azalais ne le peut pas ou peut-être n’en ressent-elle pas le besoin tout comme elle n’a jamais ressenti le besoin de participer à leurs jeux. Elle se rend compte que leur relation s’est muée en statut-quo, chacune ne s’observant que de loin, aucune ne faisant un pas vers l’autre. Elle se complet dans cette relation qui lui épargne une hypocrisie générale quasi quotidienne. Elles sont pourtant là, en ce moment même débutant une partie d’échec. C’est encore un jeu qui les tiendra à l’écart…Azalais ne souhaite pas s’attacher, on ne rattrape pas le temps perdu, elle sait pourquoi elle est là.

    Bien malgré elle, elle se surprend à admirer…non ! à envier cette facilité qu’elle possède dans l’art du port des masques. Elle l’envie et cela la gêne, l’énerve, l’étonne. Elle se rassure en se disant qu’elle a eu plus d’années d’entraînement, qu’elle sait percer cette mascarade, qu’elle n’a pas réellement de mal à ôter ce déguisement…Avec le temps, elle y arrivera aussi bien et elle l’espère, même mieux. Elle contient ce désir au plus profond d’elle-même ! Elle est arrivée à se frayer une place par ses qualités et non pour une raison aussi arriérée que sont les liens du sang. Enfin, elle arrive à taire cette jalousie naissante qui ne l’a que trop torturée. Pandora a choisi son rôle, sa place de Reine. Azalais voit sa détermination dans ses prunelles améthyste. Elle sourit, railleuse. Ce sont des responsabilités bien contraignantes qu’elle a constamment sur ses épaules sans y ajouter le souvenir de celui qu’elle a déjà perdu…à cause ça.

    « Avec ses seules forces. Le roi n’est plus là alors il ne bouge pas. Il a laissé les charges à la Reine, à elle de les assumer, seule. Un cadavre ne se déplace pas, il ne sera que l’éternel témoin d’une bataille sans pitié...peut-être même un fardeau. »

    Elle répond. Elle a raison, implacablement raison. Elle le sait. Tout en sachant que la force que pourra tirer la reine lui proviendra de ce fardeau, la force tout comme la faiblesse. C’est un risque. Une volonté absurde qu’Azalais n’envisagerait jamais de défendre. Ses yeux électriques se posent sur ses pions, vulgaires soldats ; ils s’attardent sur le fou et le cavalier, des pièces maîtresses et, enfin, ils s’arrêtent sur la Reine et le Roi noir. Elle place son armée de marbre d’une manière désinvolte, sans y faire vraiment attention. Elle se laisse un temps de répit avant que le vrai combat ne commence. Sans en avoir bu une gorgée, Azalais dépose la tasse dans un claquement bruyant. Elle n’aime pas attendre et Pandora s’amuse à l’y forcer. Elle sait pourtant qu’elle n’aura pas de réponse mais c’est un jeu qui lui plait. L’espace d’une seconde, elle lit l’amusement dans les yeux de sa sœur…un amusement qui lui déplait mais grâce au Seigneur, Ciel avait été envoyé pour calmer toutes les dangereuses pulsions de l’héritière et ainsi, Pandora pouvait la provoquer sans qu’elle ne lui amoche le visage dans un élan de démence. Bien au fond d’elle-même, la seconde Princesse apprécie ce divertissement qu’elle n’a pas l’occasion d’avoir quand elle le désire. Sa sœur est bel et bien une adversaire redoutable. Tandis qu’elle lui débite des faits totalement inintéressants, le visage d’Azalais se berce d’un sourire clairement narquois. Des banalités balancées sur un ton qu’elle doit avoir l’habitude d’utiliser avec des personnes bien en dessous de sa qualité.

    « J’y ferais un tour quand j’aurais l’envie de perdre mon temps. »


    Lâche-t-elle avec un dédain certain tandis qu’elle parcourt la pièce du regard. Une chambre bien enfantine…une pièce qui ne doit pas être ouverte tous les jours. Tant mieux ! Elle le mérite amplement tout du moins, elle a le culot de s’y imposer là où personne n’oserait le faire. Un simple mot suffit à lui attirer son attention. Elle est surprise. Un tableau. Un tableau de lui, un nouveau ? Son étonnement laisse place à du vide. Elle se souvient de ce jour, trois années auparavant, elle en avait déposé un. Celui-là même qui lui avait valu une humiliation en public rondement menée par l’Empereur, son père. Oui, elle est surprise mais elle s’applique à faire comme s’il n’était rien.

    « C’est une erreur. L’ancien devrait reprendre sa place. »

    D
    e son regard vif, elle observe sa sœur faire le premier pas sur l’échiquier. Un coup pour le vent.

    « Rien de bien intéressant. Je dirais la guerre. Tu dois probablement le savoir. J’ai pu me rendre compte à quel point vous bénéficiez d’une sombre image, là-bas. Cela ne m’étonne pas que plusieurs y soient passés…mais ils ne sont pas moi. »

    Des phrases pour ne rien dire, des piques dissimulées…une critique des choix de leur père ? Sûrement, comme toujours. Sans crainte, elle fait avancer le roi. Une décision fondée sur les paroles d’un aïeul. Un choix délibéré. Une invitation à continuer, à se révéler.

    HS : Désolée ! C'est archi-nul ! >__<. Je tenterai de faire mieux la prochaine fois T-T




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MessageSujet: Re: De fantôme et de victoires { PV Azalais   Sam 27 Nov - 14:56

INSPIRE, EXPIRE. SANS POUVOIR RAVIR L’OXYGENE AU COCON D’UNE PRISON DOREE.


Elle l’écoute parler. Attentive, le souffle court, la respiration retenue. Comme si seule Azalais pouvait connaître la réponse. Comme si elle seule pouvait l’aider, la faire sortir de là. Comme si elle seule pouvait aussi la renverser, véritablement. Ses pensées sont confuses et limpides. La prise de conscience de leurs rôles respectifs, de la comédie charmante et abjecte qui se joue sous leurs propres yeux. A la fois spectatrice et actrice. Elle agit sans penser, parle sans ressentir. Elle joue sans frapper, se protège sans armure. Il est si simple de simplement oublier. Une froide indifférence, une cruelle somnolence. Elle s’autorise parfois un écart, un regard furtif vers cette sœur si éloignée. Une remarque qui la fait doucement sourire. Qui fait de ses pensées amertume et acidité. Elle se surprend à être amusée, à apprécier, détester cette façon de le comparer, lui, à un animal. Une offense, presque. Ce sont les paroles les plus anodines qui font le plus mal. Elle enterre pourtant sa colère glaciale. Jette une pelletée de terre sur son propre cadavre, sur ses propres désillusions. La lumière n’est que trop loin, le monde est déjà décharné et pourri. Une bouffée d’air pour en aspirer le poison, une gorgée de vie pour en admirer le venin.

Et un rire. Clair, amusé. Ses mots l’assassinent, ses mots la frappent sans pitié. Ses mots n’atteignent que l’intérieur de son corps brisé, de son cœur écartelé, sans toucher le masque parfait de son calme et de sa dignité. La blessure s’élargit, l’étouffe. Le goût du sang, dans sa bouche. L’arôme de la victoire, dans sa défaite. A la fois prévisible et cruelle. Azalais, petite Azalais devenue grande. Azalais, amère Azalais, devenue bien plus forte qu’elle ne l’a jamais été. Elle apprécie chaque moment, chaque seconde agonisante qui la déchire un peu plus. Comme à la recherche de ce mal qu’elle lui offre avec complaisance, de cette douleur qu’elle sème avec indifférence. Elle est déjà partie, trop loin. Elle s’est déjà perdue, trop fort. Elle n’aura rien à saisir, rien à offrir, si ce n’est le visage ravagé et lumineux de celle qui n’a plus rien à perdre.

Une envie de partir, de rester, de lui parler, de se taire, de protester, de se complaire. Des désirs contradictoires et complémentaires. Elle décide de ne pas baisser les yeux. De continuer à la regarder. A la fois certaine et déroutée. Le mélange explosif et terne de ses émotions embrase son regard violine. Elle est satisfaite, à défaut d’être heureuse. Ses mots tranchants et secs ne laissent aucun échappatoire à ses propres doutes.

« Un fardeau? Tu es bien cruelle. Le Roi n’a pas à se déplacer. Le Roi n’a plus à se battre. Il en a déjà bien assez fait. Il suffit simplement qu’il soit à la fois assez proche pour que l’on se souvienne de lui et suffisamment éloigné pour ne plus prendre part aux batailles. »

Un aveu où elle reconnaît ses dernières bribes de certitude, sa dernière parcelle de naïveté. Comme une lumière, ténue, qui la guide. Elle retient un rire moqueur, froid. Elle n’y croit plus, bien sur. Elle a passé l’âge pour être encore assurée que tout s’arrangera. Son enfance n’a pas laissé de place à la confiance. Son adolescence n’a pas laissé de place à l’abandon. Son présent ne lui laisse pas plus de place pour pouvoir encore espérer. Des mots vides et creux. Se mentir à soi-même, justifier sa faiblesse par celle des autres. Et un poignard planté en pleine cœur, alors qu’on voudrait crier, s’échapper alors que l’on ne peut qu’endurer.

Elle lui en veut.

D’être mort. De l’avoir abandonnée. A cette vie qu’elle n’a pas choisie, à cette couronne qu’elle ne pourra jamais supporter seule. Il le sait. Elle le sait. Ils le savent tous. Trop lourde pour elle seule. Ce n’était qu’avec sa présence à ses côtés, son ombre calquée à ses pas, sa main entrelacée à la sienne, qu’elle pouvait s’autoriser à rire, à être heureuse, à vraiment prendre cette place que l’on a mise sur sa route, impossible à écarter. Un obstacle fait de gloire et de pouvoir. Une malédiction faite de mensonges et de jeux cruels. Un cadeau empoisonné, forgé du sang des victimes et de la haine des vainqueurs. Elle pèse lourd, sur sa tête. C’est un poids mord, un cadavre en décomposition, qu’elle se doit de porter parce qu’il n’est plus là pour l’aider.

Elle se dit parfois qu’elle sera avalée toute entière. A peine un souffle de vent, une épreuve, pour que ses os deviennent poussière et que sa mémoire ne s’enroule autour des pierres de leur passé. Elle fixe Azalais. Comme pour se raccrocher, encore un peu, à cette réalité qu’elle a trop accueillie, trop acceptée, jusqu’au point de rupture. A trop jouer de ses masques, à trop faire perdurer sa patiente et ses feints aveux, elle ne fera que briser sa propre conscience et ses propres choix. Il sera trop tard pour ramasser les morceaux cassés, trop tard pour s’enfuir sans blesser. Elle n’attend que le moment de la libération, enfin. La forme fantomatique et pâle d’une victoire sur ses démons, sur sa propre soif, vorace et impitoyable, de ces sentiments qu’elle porte en bouclier, au lieu de les réprimer. L’ombre dure et froide de cette faiblesse qui a détruit, au fil des ans, au fil des riens, au fil de tout, ses émois de petite fille et sa culpabilité d’adulte. Elle est son plus farouche adversaire. Sa propre faute, son propre choix. Son propre désir, son propre besoin. Davantage que la menace réelle et consistante que représente sa petite sœur, c’est cette source d’angoisse immatérielle qu’elle craint le plus.

Mais il n’est plus de temps de penser aux fantômes, il n’est plus temps de raviver le passé. Elle voit la surprise dans les yeux sombres. Une lueur vite étouffée. Une faute qu’elle trouve pourtant attendrissante. Vraie. Sa gorge se noue, inexplicablement. Culpabilité, encore et encore. S’oublier pendant si longtemps, se consacrer à une seule personne. Et se rendre compte, une fois cette source de joie perdue, que l’on n’est vide de l’intérieur, que l’on n’est plus accroché à rien. Sous son feint amusement, il y a un tremblement léger.

« Une erreur ? Critiquerais-tu mes goûts ? Je crois que celui-ci y a bien sa place. Un bien joli portrait. En le voyant, on pourrait presque croire que son auteur le connaissait. »

Elle se refuse à oublier. Mais elle sait qu’elle n’a pas à mettre Azalais au devant de ses propres actions. Elles n’ont jamais été semblable, sur ce point. Sa propre lâcheté contre la détermination farouche de la Seconde Princesse. Un fossé de plus en plus profond. Elle n’ose faire un pas, de peur de chuter. Elle n’a pas la force d’avancer vers elle, de tendre cette main qui serait de toute façon refusée. La litanie des trop tard danse sa tête, moqueuse et perfide. Ce qu’elle attend de leur entrevue lui échappe. Elle n’a rien à gagner. Rien à perdre. Mais elle ne peut s’empêcher de fixer son regard brillant sur celle qui lui fait face. Sincérité et naturel, dans ses yeux perspicaces.

« Oui, tous ont pu se rendre compte de ton talent. Je suis d’ailleurs navrée de ne pas avoir pu te féliciter, et te remercier, auparavant, de si bien défendre notre Empire. »

Elle se contente d’observer son mouvement. Le Roi. Un léger sourire aux lèvres. Le cœur palpitant, l’esprit en ébullition. Le sentiment d’une joie malsaine, incertaine, qui envahit ses veines. Une réalisation, brutale, douloureuse. Elle n’a pourtant pas le goût vil et féroce de celles qu’on lui réserve habituellement. Elle a simplement la saveur violente et radieuse d’une surprise que l’on n’avait pas espérée, d’un chemin que l’on n’avait pas exploré. Si distantes. L’écart s’efface, un peu. Le temps de comprendre ses actions, le temps de voir révélé par les pièces ce qu’elles ne diraient jamais de vive voix. Une bataille rude et enfantine, alors qu’elle déplace son cavalier. De la poudre aux yeux, une étincelle d’espièglerie dans son regard. Elle retrouve une part d’enfance enfouie sous sa gravité, pour mener à bien un jeu qu’elles honorent de leurs retrouvailles endeuillées.

« Cela doit être rassurant. Cette force sous tes ordres. »

Elle boit une gorgée de son thé. Esquisse une grimace. Il est froid.

« Es-tu satisfaite, Azalais ? Est-ce ce que tu voulais ? »

Une question, un murmure. Sans cesser de fixer le jeu, sans cesser de sourire. Une réelle curiosité. Ses propres paroles ont été teintées de bien trop de sentiments, de bien trop d’aveux dissimulés pour qu’elle lui laisse encore du terrain. C’est son tour de parler, son tour de laisser se fendiller un peu son masque et son arrogance. Ensuite, seulement…


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